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Jianghu 江湖 est un terme possédant un sens large et quelque peu obscur. Il renferme tout un riche et ambigu univers pouvant quelquefois être perçu de façon péjorative, quelquefois de façon poético-romantique. Il renferme une part de fiction idéalisée et une part de réalité. Difficile à qualifier, je le désigne pour ma part de “communauté folklorique martiale“.

Définition

Jiang 江 signifie “Rivière“, Hu 湖 signifie “Lac“, Jianghu exprime ainsi “Rivière et Lac“.

Désignant originellement le lieu où vivaient les ermites, le terme évolua pour décrire une communauté recluse, rurale, cachée et opposée à la cour, vivant en dehors de la société, dans les campagnes et les montagnes, près des “rivières et des lacs“ et voyageant au gré des évènements. Il évoque aussi et surtout, les hommes qui la composent. Les Jianghu sont marginaux, ils ne veulent pas s’insérer dans la société classique corrompue pour laquelle ils nourrissent une véritable aversion et dont ils violent les interdictions par la force. Ils n’en respectent pas les lois, mais en lieu, leurs propres règles. Cette communauté se compose de toutes sortes d’individus, de guérisseurs, de poètes, de brigands, de moines, d’ermites, de soldats, de souverains déchus, de dignitaires évincés, d’artistes martiaux, de canailles, d’escrocs et de fugitifs, ayant pour point commun d’être habiles dans la pratique martiale et de partager un sens aigu de la camaraderie.

Les Jianghu du Wulin

Les plus vertueux, les Xiake 俠客 ou Youxia 游俠 “Chevaliers Errants“ réunis au sein du Wulin 武林 “Forêt Martiale“ redressent les torts et défendent les opprimés. Ils forment un groupe à la fois martial, civil et professionnel non régulé par une administration officielle. Ils partagent pour bon nombre le sens de la justice qu’ils rétablissent par l’épée. Pour eux, l’utilisation de la violence est une solution acceptable et si la fin en justifie les moyens, ils l’emploieront à profusion. Ces Robin des Bois, mercenaires d’honneur, mènent des vies d’aventuriers, voyageant au gré de leurs (més)aventures. Le Wulin est contrôlé par un chef juste et vertueux nommé Wulin Mengzu 武林盟主 “ Maître de l’Alliance du Wulin“ qui s’applique à faire respecter l’ordre et les valeurs dans la communauté.

Les Jianghu du Lu Lin

D’autres, épris de vins, mendiants et vagabonds, peuvent se comporter en véritables scélérats. Saltimbanques, conteurs de bonne aventure, bagarreurs, pirates, fugitifs et bandits de grand chemin, ils arnaquent ou volent badauds et crédules. Ces criminels évoluent au sein du Lu Lin 綠林 “la Forêt Verte“, encore appelé le monde des bandits ou Hei Dao 黑道 “le monde d’en bas“ donnant naissance à différentes sectes et sociétés secrètes Heishehui 黑社會. Organisés en communautés possédant leurs propres règles, ils communiquent à l’aide de signe, de langage et de codes secrets, et s’adonnent au serment de sang. Ils forment un monde souterrain fait de “dragons et de serpents“.

Cet aspect moins reluisant a fait que le terme Jianghu est également aujourd’hui utilisé pour décrire les populations errantes dans les bas-fonds de la société telles les mafias et autres triades. Ses membres pratiquent l’extorsion et l’intimidation tout en prônant la justice, le respect des règles et de la hiérarchie.

Les Jianghu des Montagnes Sauvages

Enfin, en dernière catégorie, celle des érudits sans missions. Des hommes de cour déchus ou bannis ayant perdu les faveurs de leur rang, las ou déçus, préférant alors l’érémitisme à la vie sociétale. Ces communautés de savants, lettrés exilés, voyageurs et poètes sentimentaux, se retrouvaient sous la lune au bord d’un ruisseau, dans les montagnes sauvages, le temps d’une coupe de vin, avant de reprendre la route se faisant la promesse de se retrouver dans vingt ans sous ce même pin. Certains, excellents escrimeurs, contaient leurs exploits dans de très fameux poèmes. Ils disparaissaient souvent sans laisser de traces.

À l’image des Mai Wu 卖武 “Vendre l’Art Martial“ étant tour à tour artistes martiaux, démonstrateurs de rues et saltimbanques, les différentes catégories d’hommes évoluant au sein du Jianghu ne sont pas aussi simplement et clairement définies ; la frontière les séparant étant souvent aussi mince qu’une feuille de papiers de riz. Nombre d’entre eux furent des individus complexes et souvent paradoxaux.

Les Jianghu dans la littérature

L’exemple de Jianghu le plus connu est sans conteste le fameux roman de la dynastie Ming (1368-1644) “Au Bord de l’Eau“ contant les aventures et mésaventures des 108 brigands vivant reclus dans les monts Liang, tentant de s’affranchir des lois corrompues du gouvernement Song. Loin du conformisme, des notions de bien et de mal, du dictat du héros immaculé qui gagne à la fin, ces attachants personnages sont humains. Multi-personnalité, les protagonistes affichent un riche kaléidoscope de caractères possédant chacun leur propre quête de vengeance, d’honneur et de respect. En parfait Jianghu, ils portent généralement un surnom caractérisant leurs aptitudes, leurs traits de caractère ou encore des signes physiques particuliers tels Lin Chong “Tête de Léopard“, Li Kui “Tornade Noire“, Lu Zhi Shen “Sagesse Profonde“ ou encore Suo Chao “Champion Impétueux“… Ces derniers, presque tous spécialistes en arts martiaux, manient chacun une arme spécifique de l’arsenal classique chinois. L’aventure se termine de façon très différente pour chacun d’entre eux ; à l’image de la vie, toutes les histoires ne finissent pas toujours bien.

Philosophie Jianghu

Dans le Jianghu la distinction bien/mal n’est pas toujours clairement définie, ces deux notions étant liées à la situation de l’instant. Les hommes dans le Jianghu sont imparfaits, ils dispensent amour et haine, justice et vengeance. Les comportements paradoxaux sont des caractéristiques de la nature des hommes. Le Jianghu est un monde pluriel et complexe, tels l’esprit et la personnalité humaine. La nature des Jianghu est tellement multiple que nous pouvons tous nous retrouver dans l’un d’entre d’eux.

Jin Yong 金庸 le plus fameux auteur de Wuxia “Romans Martiaux“ de l’histoire, avançait lui-même, par le regard qu’il portait sur la société : 有人就有恩怨,有恩怨就有江湖,人就是江湖 “S’il y a des gens, alors il y a gratitude et rancœur, s’il y a gratitude et rancœur alors il y a Jianghu, de fait les hommes sont le Jianghu“.

Loin de la dualité, bien/mal, Jianghu est avant tout, un idéal, un état d’esprit. La liberté de ne respecter que ses propres règles, morales ou immorales ainsi qu’un code d’honneur tacite. Il représente l’absence de retenue, l’indiscipline, la liberté absolue de l’esprit et de ses propres actes. Le Jianghu n’est finalement nulle part ailleurs que dans notre cœur.

Le choix de l’utilisation du terme Jianghu

Le choix du terme réside dans le fait que les maîtres d’arts martiaux sont des Jianghu de par leur nature, caractère et tempérament. Le terme Wulin, semblant de prime abord mieux convenir à la communauté martiale, serait réducteur, trop lisse, trop immaculé. Bien que se réclamant du Wulin, la réalité historique fait d’eux plus souvent des Jianghu. Les maîtres ne sont pas cantonnés au seul et unique cliché de l’enseignant bienveillant et sagace, de par leurs multiples personnalités, ces derniers sont le Jianghu.

La Voie des Érudits du Jianghu

Le terme Shi 士 signifie “Erudit“ ou “Lettré“ (il désignait également originellement “Soldat“). Dao 道 “La Voie“, le chemin, n’est définitivement plus à présenter. Shi Dao 士道 est donc la “Voie des Erudits“.

L’association des deux termes Jianghu Shi Dao 江湖士道 renferme, à l’image des versets de la philosophie chinoise, plusieurs idées et différents niveaux de lecture. L’addition des deux termes peut paraître quelque peu antinomique, car peu, par le passé, purent se prévaloir d’être à la fois vagabond, marginal et érudit, mais bien que rares, ils n’étaient pas inexistants, tel en son temps le fameux poète Libai et nombre de ses confrères de la dynastie Tang. Shi Dao relève l’aspect spontané, impulsif et péjoratif que peut quelquefois insidieusement évoquer Jianghu ; il en ennoblit l’usage, en adoucit l’aigreur, en sublime la tiédeur. Jianghu virilise l’aspect raffiné, délicat, calme et réfléchi que suggère le lettré.

Jianghu Shi Dao est, à l’image des Jianghu, un paradoxe, mais aussi un équilibre, le point de liaison entre le Yin et le Yang à travers le Wen 文 “Littéraire“ et le Wu 武 “Martial”.

L’objectif

L’objectif futur est, sous le sceau du “Jianghu Martial Scholar’s Way“, de présenter diverses boxes rurales, maîtres et pratiques rares conservées à ce jour jalousement. Ce concept philosophique a également pour mission, par l’imagerie qu’il suscite, de faire évoluer ses adeptes dans la voie des « lettrés-combattants », d’élever par les arts et la culture véritable qui ont fleuri bien avant et bien loin des institutions modernes réductrices, en retrouvant ce qu’ils avaient de beau, de précieux et d’authentique.   

Jianghu Shi Dao “La Voie des Erudits Martiaux Jianghu“ c’est l’étude de la culture, de la philosophie et de l’art du combat provenant de boxes rares, authentiques, précieuses et efficaces.  

 Soyez un Jianghu Martial Erudit !

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